Ebola: la télé a été plus efficace que la surveillance électronique

 

Le 11 août 2014 « Newsweek » avait annoncé que la surveillance électronique avait permis de détecter et confirmer le début de l’épidémie d’Ebola… pas moins de neuf jours avant que celle-ci soit annoncée par l’organisation mondiale de la santé OMS.
Ce « scoop » aurait été rendu possible par des algorithmes informatiques sophistiqués – élaborés par des chercheurs, des épidémiologistes et des informaticiens pour le site HealthMap – qui passent continuellement au crible des millions d’informations qui apparaissent sur le net, que ce soit sur des blogs, des sites ou des réseau sociaux.

« Newsweek », ainsi que des sites spécialisé en nouvelles technologies comme fastcolabs.com exaltent l’importance de la surveillance électronique dans le domaine des maladies infectieuses et des épidémies s’appuyant sur l’idée que de nombreuses régions du tiers monde ne disposent ni des infrastructures ni du personnel nécessaires pour assurer un degré de surveillance (et de réaction) suffisant sur leurs territoires. En plus, tout le monde le sait, l’OMS n’a pas les ressources financières pour aider chaque pays sur place.

Carte blanche à cette n-ème application d’une surveillance électronique alors?

Si l’histoire était vraie, oui, mais elle ne l’est pas tout à fait! Comme l’explique Kalev Leetaru dans son article paru sur « Foreign Policy » en effet, ce que HealthMap a détecté, en réalité, n’est qu’un article paru dans le presse guinéenne après que les docteurs de ce pays avaient compris ce qui était en train de se passer et après que le gouvernement guinéen à informé l’OMS.
Autrement dit: l’alarme donnée le 14 mars par HealthMap a été déclenchée par l’article du même jour de « Afriquinfos », qui à son tour se base sur un communiqué de presse du 13 mars qui résume ce que les docteurs et le gouvernement guinéen ont fait jusqu’à là.

Bref, malgré ce grand dispositif de surveillance informatique, c’est l’information par des canaux médiatiques classiques (communiqué de presse, article de journal, télévision) qui a révélé l' »outbreak » d’Ebola. Pas l’algorythme de HealthMap. Ce dernier a uniquement précédé l’annonce formelle de l’OMS, laquelle ne pouvait être faite sans une série de vérifications protocolaires… qui ont pris 9 jours.

Comme conclut Kalev dans son article: « Perdus comme nous le sommes dans nos systèmes prévisionnels à plusieurs centaines de millions qui n’ont pas encore donné de résultats probants, nous devrions prendre garde à ne pas passer à côté des premiers signes de pandémies émergentes littéralement annoncées par les télévisions nationales. Plutôt que d’essayer de «battre» les réseaux d’information en investissant massivement dans des modèles informatiques, nous ferions mieux de nous appliquer à mieux écouter. »

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