Je me quantifie, donc je suis

 

Alors que tous les débats sont concentrés sur la protection des données et de la vie privée, même si de manière un peu hypocrite parfois, voici émerger de manière inéluctable un mouvement massif et global qui va exactement dans le sens inverse. Ce mouvement s’appelle le « Moi quantifié » (Quantified Self, QS).

Composée de toute sorte de membres – inventeurs, entrepreneurs, journalistes, scientifiques, professionnels, informaticiens, philosophes, etc. – cette communauté traite, lors de ses conférences, des outils de capture, de l’analyse et du partage de ses données personnelles.

Les outils peuvent être des appareils connectés (bracelets, montres, ceintures), des applications pour smartphone ou des applications Web. Actuellement on recense 19 millions d’appareils connectés (qui seront 112 millions dans 4 ans) et, seulement pour le domaine de la santé, le nombre d’applications mobiles a atteint 97’000 en 2012. De ce pas, leur diffusion pourrait bientôt dépasser les 2,5 milliards d’utilisateurs.
Ces applications peuvent capter pratiquement tout: nombre de pas par jour, kilomètres courus, vitesse du flux sanguin, qualité du sommeil, calories dans l’assiette,  hygiène dentaire, chimiothérapie; cholestérol, géolocalisation des photos, etc.

Mais plus intéressant ici, c’est que ces informations personnelles sont partagées spontanément! Pourquoi tant de personnes tiennent à partager leur taux de cholestérol? Comment a pu naître Asthmapolis? Quel est le but du 85% des données liées à la santé qui ne sont pas destinées aux professionnels de la santé?

Une interprétation intéressante de ce mouvement vient de la philosophie.

Tout d’abord, elle rappelle que la recherche d’une compréhension de nous même et du monde à travers les chiffres et les nombres n’est pas nouvelle. « Tout est nombre » pour Pythagore. « Le livre de la nature est écrit en langage mathématique » soutenait Galilée. « Rien ne se passe jamais dans ce monde sans qu’apparaisse quelque rapport de maximum ou minimum (ndr. une équation) » pour Euler.
C’est juste que cette fois les chiffres et les nombres nous attirent sous forme d’applications pour smartphone, et on les accueille toujours aussi « naturellement » que le théorème de Pythagore, le nombre de Pi, le nombre d’Or, etc.

Les données personnelles ont évidemment plus de sens si comparées à celles des autres. De nouveau donc, les smartphones jouent un rôle capital, car ils permettent le partage immédiat des informations avec un groupe ou une communauté. Le feedback aussi est immédiat, ce qui – voilà probablement le point essentiel du « Moi quantifié » – augmente le sentiment de proximité, d’intégration et d’appartenance de l’individu.

Ainsi on débarque dans le domaine éthique. Est-ce que cette communauté prend(ra) soin de nous? Comment? Va-t-elle nous discipliner? Sur la base de quels valeurs? De quels références?

En sommes nous arrivés à l’éthique des algorithmes? Où les jugements de valeurs dépendent aussi de paramètres codés (tendancieusement?) dans les application? Faut-il limiter le pouvoir des algorithmes ?

Qui suis-je, si je me quantifie?

 

 

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